Écosystèmes

De la savane aux montagnes : l’exceptionnelle mosaïque aviaire du massif de Tchabal Mbabo

À l’occasion de la Journée internationale des oiseaux ce 1er avril 2026, les regards se tournent vers le massif forestier de Tchabal Mbabo. Une récente réévaluation menée par l’organisation Forêts et développement rural  confirme le statut exceptionnel de ce site : un véritable laboratoire vivant et un bastion de survie pour des espèces en danger critique.

Au cœur de l’Adamaoua, le massif de Tchabal Mbabo ne cesse de fasciner la communauté scientifique. Les derniers inventaires réalisés en 2022 dans le cadre du projet d’appui à la conservation et à la gestion participative du massif Forestier de Tchabal Mbabo Cogespa  révèlent une diversité biologique vertigineuse : 337 espèces d’oiseaux y ont été recensées, structurées en 55 familles et 18 ordres.

L’étude a révélé des dynamiques saisonnières intéressantes : 288 espèces recensées  en début de saison des pluies ; 219 espèces résidentes ; 28 espèces migratrices paléarctiques ou intra-africaines ; et 41 espèces à migration non spécifique. Quant à leur abondance, 62 espèces sont rares, 31 régulières et 195 apparaissent sporadiquement.

Un carrefour biogéographique unique

Ce qui distingue Tchabal Mbabo des autres sites de conservation, c’est sa position de carrefour entre plusieurs biomes. Le massif abrite simultanément 25 espèces de la forêt guinéo-congolaise, 10 de la savane soudano-guinéenne et 11 du biome de montagne afro-tropical.

Comme le souligne le Pr. Bobo Kadiri Serge, chercheur à l’Université de Dschang dans un article publié par Foder la semaine dernière : « La présence simultanée d’oiseaux propres à ces trois biomes est rare. Chaque espèce à distribution restreinte témoigne de la santé des écosystèmes et identifie le massif comme une Zone Clé pour la Biodiversité (KBA). » Cette mixité écologique fait de la région un site d’intérêt mondial pour l’étude des dynamiques adaptatives de l’avifaune africaine.

Un refuge pour les espèces en sursis

Au-delà de la richesse brute, c’est la vulnérabilité des hôtes de ces forêts qui impose l’urgence de l’action. Le massif sert de refuge à 12 espèces mondialement menacées selon la liste rouge de l’UICN. Le constat est particulièrement alarmant pour les nécrophages : le Vautour de Rüppell, le Vautour africain et le Vautour à tête blanche y survivent, bien qu’étant en danger critique d’extinction. Le Bateleur d’Afrique, rapace emblématique, y trouve également un dernier sanctuaire.

Cette concentration d’espèces menacées confère au site le label de Zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO). Sur le plan législatif, l’importance du site est traduite par la présence de 11 espèces intégralement protégées (Classe A) et de spécimens inscrits aux annexes de la CITES, tels que le Faucon pèlerin et le Perroquet youyou.

L’étude spatiale montre une forte concentration aviaire (jusqu’à 215 espèces) dans le sud-ouest du massif, tandis que le nord reste encore largement méconnu. Pour l’ONG Forêts et développement rural (Foder), ces zones peu prospectées pourraient cacher de nouvelles découvertes scientifiques majeures.

Un appel à la gestion participative

L’enjeu actuel est de transformer ces données scientifiques en bouclier de protection. La célébration de cette journée internationale est l’occasion pour Foder d’appeler à un engagement accru des communautés locales. La survie de ce “joyau de la biodiversité” dépend désormais d’une gestion participative où la connaissance des habitats renforce les mesures de conservation sur le terrain. À l’heure où les crises climatiques menacent les couloirs de migration, Tchabal Mbabo s’impose plus que jamais comme un maillon indispensable de la trame écologique de l’Afrique de l’Ouest et Centrale.

Ghislaine Deudjui

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