Le passage d’un pays « à potentiel » à une véritable puissance minière est désormais une réalité au Cameroun. Entre l’accélération des projets de fer, de bauxite et d’or, et l’optimisation de la fiscalité, le Cameroun s’apprête à récolter les fruits d’une stratégie industrielle audacieuse, saluée par le Fonds monétaire international (FMI).
Le visage économique du Cameroun est en pleine mutation. À l’issue des consultations au titre de l’article 4 de ses statuts, le FMI a officiellement exprimé sa confiance envers les ambitions minières du pays. Pour l’institution de Bretton Woods, le potentiel des projets engagés est un levier majeur de croissance nationale. Ce constat n’est pas une simple projection théorique : l’année 2025 a marqué un « tournant décisif », selon le professeur Fuh Calistus Gentry, ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique Le pays est passé du statut de réserve géologique à celui d’exploitant actif avec le lancement de cinq grands projets, bientôt rejoints par cinq autres en 2026.
Une pluie de milliards pour le Trésor public
L’enjeu majeur de cette industrialisation réside dans l’impact budgétaire. Les chiffres avancés par le gouvernement sont vertigineux : la valeur actuelle des dix projets stratégiques est estimée à plus de 250 milliards de dollars. Sur cette base, l’État table sur un partage de production moyen de 10 %.
Concrètement, la seule production annuelle de ces dix sites devrait générer environ 450 milliards de FCFA au titre du partage de production. Mais, l’addition ne s’arrête pas là. En intégrant les dividendes, les impôts sur les revenus, ainsi que les taxes liées à l’utilisation des infrastructures (rails et routes), le Cameroun prévoit des retombées fiscales dépassant les 1 000 milliards de FCFA par an. Une manne financière capable de transformer durablement le paysage socio-économique du pays.
Bauxite et fer : les piliers de la valeur ajoutée
La stratégie camerounaise repose sur la transformation locale pour maximiser les gains. Dans la filière Bauxite, le projet Mini Martap porté par Camair-Co progresse à grands pas. La réhabilitation du rail vers Douala est en cours, et l’arrivée de 160 wagons et locomotives entre mai et juillet 2026 dopera l’évacuation du minerai. Plus ambitieux encore, une raffinerie d’alumine prévue pour 2027 alimentera directement Alucam, créant une chaîne de valeur complète.
Dans le Fer, le projet Bipindi-Grand Zambie (G.S. Stone) a déjà expédié ses premiers conteneurs pour analyse en janvier 2026. Deux usines de transformation y sont en construction. Parallèlement, le projet de Sino Steel à la Lobé (Kribi) devrait générer à lui seul des retombées estimées à 8,5 % par an pour l’État.
L’or et le calcaire : souveraineté et traçabilité
Le secteur du Calcaire n’est pas en reste avec le projet Pixar. Avec des réserves de 16,7 millions de tonnes, l’objectif est clair : produire 668 000 tonnes par an pour briser la dépendance aux importations de clinker et de ciment.
Quant à l’or, la transition vers l’exploitation industrielle est en marche. Quatre grands projets sont programmés : Colomine (lancé en 2025) et Mborguene (2026) à l’est, Bibemi (2026) dans le Nord, et Mberé (2027) dans l’Adamaoua. Cette montée en puissance s’accompagne d’une restructuration musclée du secteur artisanal. Pour accroître les recettes, l’État impose désormais l’exploitation en « vase clos », des échelles minimales de production et la fermeture systématique des sites illégaux.
Vers le développement stratégique
Au-delà de ces ressources classiques, le Cameroun regarde vers l’avenir. Le ministre Fuh Calistus Gentry souligne que le pays se positionne déjà sur les « métaux de la technologie future » (terres rares, titane). Avec une infrastructure ferroviaire et portuaire en cours de modernisation pour soutenir ces géants miniers, le Cameroun ne se contente plus de creuser : il bâtit les fondations de son émergence industrielle, avec la ferme intention de faire de chaque tonne extraite un levier de prospérité pour ses citoyens.
Junior NTEPPE KASSI

